Villes écologiques et citoyennes : le rêve européen

Une ville aérée, conviviale, plus verte : tel est le rêve de nombreuses villes et capitales européennes, qui redoublent d’imagination pour offrir à leurs habitants une cité plus saine et un regain d’espace après des décennies marquées par l’âge d’or de l’automobile et une montée progressive de l’individualisme. Transformer le modèle de mobilité et l’aménagement urbain représente toutefois un défi multiple : il faut à la fois s’adapter à l’architecture propre et historique de la ville, construite à une époque où les modes de vie étaient loin des nôtres, mais aussi gagner l’adhésion de ses habitants. Sont-ils véritablement prêts à changer leurs habitudes contre une meilleure qualité de vie ? Comment vivraient-ils cet abandon forcé de leur voiture, objet d’attachement, de puissance et de liberté ? Petit tour d’horizon d’avancées européennes et de leur bilan…

La diversité des architectures urbaines sur le vieux continent offre des innovations aussi riches qu’originales. L’Espagne est un exemple emblématique de cet effort réalisé pour les piétons. Dans une ville de plus en plus dense, Barcelone souffrait d’un manque de lieux de rencontre et de verdure pour combler son million d’habitants. Son astuce est brillante : créer des blocs de 400m sur 400 dédiés aux piétons et transports lents, contournés par les automobiles. Une solution adaptée aux particularités de la cité catalane, qui a pu atteindre son objectif de réduire de 21% l’usage de la voiture, tout en créant des « espaces citoyens ». Cette transformation de l’espace a eu un impact étonnant sur le rythme de vie des habitants, adoptant peu à peu une cadence plus lente, s’apparentant à celle des villages européens. Si un temps d’adaptation fût nécessaire, cette mesure a finalement gagné le cœur des Barcelonais.

Superblocks

Pointée du doigt par la Commission européenne en raison de la qualité de l’air locale, la capitale, Madrid, a quant à elle instauré en novembre dernier le dispositif Madrid Central, réservant aux piétons, taxis, véhicules lents mais aussi électriques  l’accès au cœur de la ville. Une mesure audacieuse, dans une cité où plus d’un million de personnes ont adopté l’automobile pour leurs déplacements quotidiens. Saluée par les touristes, elle est décriée par de nombreux madrilènes, qui y voient une discrimination au revenu et un frein à l’économie locale.

Plus au nord, certaines villes vont plus loin encore, en interdisant l’accès aux véhicules diesel sur leur territoire, comme les villes allemandes de Hambourg, Brême, Stuttgart, ou Francfort. La capitale, Berlin, se prépare à faire de même dès cette année. La norvégienne, Oslo, s’est, elle aussi, engagée à interdire les voitures de son centre-ville en 2019, avec la promesse d’étendre cette mesure à l’ensemble du pays d’ici 2025 ! Dans une nation amoureuse du vélo, proposant un panel d’alternatives à l’utilisation de la voiture tel qu’un réseau de pistes cyclables ou de transport en commun efficaces, l’abandon de la voiture se révèle naturel et nécessaire, ces dispositifs entrant dans le cadre du projet norvégien de réduire de 95% les émissions de co2 du pays d’ici 2030. Toutefois, une partie de la population dénonce une guerre à la voiture et une atteinte à la liberté des personnes. Ces opposants affirment également qu’une telle mesure restrictive ne créerait pas la vie sociale espérée, mais au contraire favoriserait le vide dans les centres-villes, délaissés par des habitants frigorifiés, orphelins du véhicule le plus confortable pour affronter l’hiver scandinave.

Ces innovations et ces efforts confirment l’image d’une Europe audacieuse, soucieuse des problématiques environnementales et désireuse d’intensifier les notions de vivre-ensemble dans une société où l’Homme se replie sur lui-même. Mais leur mise en place démontre que les conséquences d’un tel projet ne se limitent pas à une baisse de l’usage de l’automobile : la modification d’une cité ne peut que bouleverser la vie de ses habitants. Elle transforme leur mode de vie, leur relation à l’autre, et leur offre un espace citoyen auquel ils n’étaient pas habitués. Cette mutation touche ainsi à l’intimité de la population locale, qui peut se considérer contrainte à adopter ce nouveau modèle, et à délaisser une voiture certes responsable de maux environnementaux, qu’elle déplore, mais apparaissant essentielle au quotidien qu’elle a bâti. Leur adaptation à cette nouvelle vie pourrait représenter le plus grand obstacle à l’évolution des villes européennes.

Cassandra Macé

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