Collecte de nos données personnelles : le prix à payer pour entrer dans le futur ?

Où vous trouviez-vous le soir du 10 août 2018 ? Quel(le) candidat(e) avez-vous soutenu(e) aux dernières élections présidentielles ? Autant de questions qui nous surprendraient de la bouche d’un inconnu, voire celle d’un ami. Pourtant, de parfaits étrangers en connaissent les réponses, car nous avons simplement utilisé un réseau social sur notre smartphone ou pris place à bord d’un véhicule autonome et connecté.

Pour sa 4ème rencontre au sein de l’ESCP Europe,  le 29 novembre dernier, la Chaire Internet of Things s’est penché sur la Géopolitique du l’IoT. Une thématique qui s’est révélée particulièrement pertinente. En effet, comme le rappelle M. Charles Thibout, spécialiste des enjeux géopolitiques et stratégiques des technologies émergentes à l’IRIS, les données sont « l’or noir de l’ère post-industrielle ». Ainsi, elles seraient considérées comme une ressource précieuse, exploitée pour en extraire de la richesse. Mais pourquoi nos propres données sont-elles si sauvagement disputées et vendues à prix d’or ? Quelle richesse représentent-elles pour une entreprise ou un Etat, qui en raffolent?

Dans un monde transformé par la révolution numérique, nos informations personnelles se dévoilent via la plupart des services connectés de notre quotidien.  Une fois traitées, analysées, ces informations permettent une personnalisation de tous les services, qui seront toujours plus adaptés à notre profil. Mais leur collecte est aussi un formidable outil de propagande pour les puissances commerciales ou étatiques, capable de nous délivrer individuellement une information judicieusement taillée pour nous convaincre, de la qualité d’un produit ou encore d’une personnalité politique. Quant à son association avec l’intelligence artificielle et la reconnaissance faciale, elle entraîne le potentiel d’une surveillance plus massive que jamais.

Le développement des villes intelligentes et du véhicule autonome, intensément connectés, sont autant d’avancées technologiques qui ne devraient qu’intensifier la collecte de nos données, par nécessité de fonctionnement. De nos habitudes de consommation à notre localisation en temps réel, nous ne pourrons littéralement plus rien cacher ; et bien que nous soyons de plus en plus informés de l’utilisation de nos informations personnelles par les GAFA ou les Etats, nous les communiquons déjà de plus en plus massivement, en toute indifférence. Cette transparence serait-elle devenue le prix à payer pour obtenir un service de haute technologie ?

Si la collecte de nos données peut se faire au service de l’amélioration des services et de la vie de chacun, sa régulation est un élément à prendre prioritairement en compte pour éviter les nombreuses dérives possibles, de la désinformation à la perte de notre intimité.

Cassandra Macé

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